Publié le 1 juin 2021
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Les chimiothérapies orales

Ces traitements par voie orale, dont les bénéfices sont reconnus peuvent être considérés à tort comme moins toxiques que les chimiothérapies par voie intraveineuse[1] . L’essor de ces thérapeutiques nécessite une adaptation des différentes organisations impliquées notamment en ce qui concerne l’information des patients et le bon usage des médicaments car le patient n’est pas à l’hôpital pendant le traitement [1,2] . Cet article vous permet de faire le point sur l’observance des chimiothérapies orales

Ces médicaments sont d’un maniement parfois complexe, avec des risques d’effets indésirables spécifiques et des conséquences parfois lourdes en cas de mauvaise observance des patients.[1] En effet, des études menées chez des patients souffrant de leucémie myéloïde chronique traitée par des thérapies ciblées ont montré que des arrêts, même courts, pouvaient remettre en cause l’efficacité de la thérapeutique. Ils pouvaient être la principale cause de perte de réponse au traitement et être à l’origine d’apparition de résistances au traitement.

Jusqu’à récemment, la mauvaise observance des traitements anticancéreux était niée par les oncologues qui, habitués aux thérapeutiques injectables administrées à l’hôpital, considéraient  que la gravité de la pathologie excluait tout risque d’inobservance.[3] Or,  Les traitements par thérapies ciblés sont associés à des problèmes de tolérance et peuvent favoriser la non-observance.[3] De même, dans l’hormonothérapie du cancer du sein, il a été montré que l’observance, initialement bonne, diminue rapidement avec des taux de 80 à 50 % et avec le temps. Après cinq ans de traitement seules 40 % des femmes prennent encore leurs anti-estrogènes. [3]

En oncologie la mauvaise observance peut être liée à certains facteurs [3] :

  • Des effets indésirables, retentissant sur la qualité de vie des patients et à l’origine d’oublis volontaires de traitement
  • L’amélioration des symptômes qui peut être à l’origine d’arrêts des traitements, les patients reprennent leurs médicaments devant toute ré-évolution de la maladie
  • Les âges extrêmes : les patients âgés et les adolescents sont les plus fragiles
  • L’avancée de la maladie : plus la maladie évolue plus l’observance est faible : de 95 % en 1ère ligne de traitement, l’observance chute à 33 % en 3ème ligne.

Dans le cancer comme dans le cas d’autres pathologies il existe également des facteurs d’influence qui peuvent également impacter l’observance [3]  :

  • Le rôle de l’aidant : il peut s’agir du conjoint, des parents mais aussi des enfants.
  • Les conditions socio-économiques.
  • La polymédication, notamment à partir de cinq médicaments.

Le développement des thérapeutiques par voie orale présente des avantages pour les patients. Elles leur apportent un certain confort[1] , améliorent la qualité de vie mais font surgir certains enjeux comme la gestion des effets indésirables et celle de la bonne observance[4] . Le patient doit faire preuve d’une certaine autonomie doit gérer seul ou avec ses proches les prises de médicaments.

La question de l’observance peut être abordée en consultation avec l’oncologue mais elle n’est pas mesurée. [4]

Les établissements hospitaliers possédant des services d’oncologie ont pu mettre en place des programmes de suivi des patients voire d’éducation thérapeutique qui reposent sur tous les acteurs de la prise en charge : médecins, infirmiers, pharmaciens. Ces programmes reposent sur des entretiens téléphoniques réguliers et des consultations pharmaceutiques.[3]

Ces suivis étaient jusqu’alors essentiellement hospitaliers mais l’essor des chimiothérapies orales nécessite de nouer et des liens entre la ville et l’hôpital pour un meilleur accompagnement du patient.[3] En septembre 2020, les pharmaciens d’officine ont la possibilité d’accompagner les patients traités par anticancéreux oral grâce à un dispositif similaire à celui proposé aux patients sous antivitamine K, aux patients asthmatiques sous corticoïdes inhalés aux patients sous AOD, ou aux patients âgés polymédiqués grâce au bilan partagé de médication [4] . Ces entretiens pharmaceutiques sont menés par le pharmacien d’officine en lien avec les prescripteurs et ont pour objectifs de[4]  :

  • rendre le patient autonome et acteur de son traitement ;
  • limiter la perte de repères de ces patients ;
  • favoriser le suivi, le bon usage et l’observance des anticancéreux oraux ;
  • informer le patient et obtenir l’adhésion à son traitement ;
  • l’aider dans la gestion des traitements ;
  • prévenir les effets indésirables ;
  • assurer une prise en soins coordonnée du patient

Cet accompagnement se déroule sur un temps long et se compose la première année de 3 entretiens[4]  :

  • un entretien initial portant sur le recueil des informations générales relatives au patient, ses connaissances sur son traitement ainsi que les conditions de prise et le schéma thérapeutique ;
  • un entretien thématique portant sur la vie quotidienne et les effets indésirables ;
  • un troisième entretien visant à apprécier l’observance du patient.

Les années suivantes seront rythmées par deux entretiens[4]  :

  • un nouvel entretien thématique consacré à la vie quotidienne du patient et aux effets secondaires qu’il rencontre ;
  • un nouvel entretien de suivi et d’appréciation de son observance.

La mise en place de ces nouveaux entretiens répond à l’objectif 3 du plan cancer qui est de sécuriser l’utilisation des chimiothérapies orales.

 

PO8617 – 02/21

 

Sources : 

[1]  Ministère des solidarités et de la santé. Qualité de la prise en charge des patients traités par chimiothérapie orale. 2017. Disponible sur https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/qualite-des-soins-et-pratiques/qualite/article/qualite-de-la-prise-en-charge-des-patients-traites-par-chimiotherapie-orale. Consulté le 17.03.21
[2] Plan cancer. Objectif 3 : sécuriser l’utilisation des chimiothérapies orales.
[3] Académie Nationale de Pharmacie. Observance des traitements médicamenteux en France. 2015
[4] L’Assurance maladie. Avenants à la convention nationale. 15 mars 2021. Avenant 21. Accessible sur https://www.ameli.fr/hauts-de-seine/pharmacien/textes-reference/textes-conventionnels/avenants#text_49600. Consulté le 15.03.21


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