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Mieux comprendre l’anorexie mentale
Qu’est-ce que l’anorexie mentale ? Comment se manifeste-telle et pourquoi ? Quelles sont les prises en charge possibles. Découvrez des éléments de réponse ci-dessous.
Résumé
L’anorexie mentale est un trouble des conduites/comportements alimentaires qui se caractérise par une recherche incessante de minceur, par une perception déformée de l’image du corps, par une peur extrême de l’obésité et par une alimentation restreinte, conduisant à un poids corporel très faible1.
L'anorexie mentale touche en majorité les filles (au moins 80 % des cas). Les pics d'apparition de la maladie se situent entre 13-14 ans et 16-17 ans2.
Il n’existe pas une seule cause à l’anorexie, mais plutôt un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques, familiaux et sociaux qui interagissent. L’anorexie mentale est un trouble complexe, souvent déclenché par un ou des événements de vie ou un mal-être profond, sur un terrain déjà vulnérable3.
Il est possible de guérir des troubles des conduites alimentaires comme l'anorexie mentale même si l'évolution est souvent longue et fluctuante. Après cinq ans d’évolution, deux tiers des patients sont guéris4.
L’anorexie, qu’est-ce que c’est ?
L’anorexie mentale est un trouble des conduites alimentaires (TCA), c’est-à-dire une perturbation de la relation à l’alimentation5.
Elle se traduit par une restriction des apports alimentaires durant plusieurs mois, voire plusieurs années, conduisant à une perte importante de poids associée à un certain « plaisir de maigrir » et une peur intense de prendre du poids. La personne souffrant d'anorexie mentale a le sentiment d'être toujours en surpoids et cherche à maigrir par tous les moyens. Cela passe :
notamment par le contrôle des calories de tous les aliments consommés ;
et également par une pratique souvent intense d'activité physique qui génère chez la personne des émotions positives et participe à l'amaigrissement.
La personne a une perception perturbée de l'image de son corps et ne reconnaît pas la gravité de sa maigreur2.
L’anorexie mentale apparaît généralement au cours de l’adolescence et elle est plus fréquente chez les femmes1.
Elle affecte des personnes de toutes les catégories sociales2.
L’anorexie, comme les autres TCA, peut avoir des conséquences importantes sur notre vie affective, familiale, sur les études, le travail et les relations amicales. Malgré ces difficultés, il est possible de se rétablir de ce trouble5.
Le saviez-vous ?
Les troubles des conduites alimentaires, ou TCA, sont également appelés troubles des comportements alimentaires. Il en existe trois : l’anorexie, la boulimie et la frénésie alimentaire, appelée auparavant hyperphagie boulimique. Dans les TCA, les personnes ont un rapport perturbé à l’alimentation5.
Quelle est la différence entre anorexie et boulimie ?
L’anorexie mentale se caractérise principalement par :
une restriction active et persistante de l’alimentation ;
une peur intense de prendre du poids, même en cas de maigreur importante ;
une distorsion de l’image corporelle (la personne se perçoit « grosse » malgré sa minceur) ;
une perte de poids marquée, parfois jusqu’à la dénutrition sévère3.
La boulimie, en revanche, suit un autre schéma :
le jeune alterne des phases de crises alimentaires incontrôlées (prise rapide et excessive de nourriture) avec des comportements compensatoires (vomissements provoqués, jeûne strict, usage abusif de laxatifs ou de sport intensif) ;
contrairement à l’anorexie, le poids reste souvent dans la norme, ce qui rend la maladie plus difficile à repérer ;
une grande honte et culpabilité accompagne généralement les épisodes de boulimie3.
Il n’est pas rare non plus qu’une même personne évolue d’un trouble à l’autre au cours de son parcours3.
Au moins 20 % des anorexiques présenteraient des conduites boulimiques associées avec des comportements compensatoires sous forme de vomissements2.
Un trouble mental à ne pas banaliser
L’anorexie est une maladie grave, qui peut avoir des conséquences majeures sur la santé physique et psychologique. Ce n’est ni une phase passagère, ni un simple refus de s’alimenter. Elle fait partie des troubles mentaux reconnus par les autorités de santé et nécessite une prise en charge médicale et psychologique adaptée3.
Quelles sont les causes de l’anorexie mentale ?
Il n’existe pas une seule cause à l’anorexie, mais plutôt un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques, familiaux et sociaux qui interagissent. L’anorexie mentale est un trouble complexe, souvent déclenché par un ou des événements de vie ou un mal-être profond (facteurs déclenchants), sur un terrain déjà vulnérable (facteurs de vulnérabilité)3.
Facteurs personnels, familiaux et sociaux3
Certains traits de personnalité peuvent prédisposer à développer un trouble des conduites alimentaires :
une grande exigence envers soi-même (perfectionnisme, peur de l’échec) ;
une faible estime de soi, associée à un besoin de contrôle ;
une hypersensibilité au regard des autres.
Le milieu familial joue également un rôle. Il ne s’agit pas d’accuser les parents, mais de comprendre que certaines dynamiques familiales, comme une communication difficile, des conflits, ou une pression implicite sur la réussite, peuvent favoriser l’apparition du trouble.
Enfin, l’environnement social et notamment le regard porté sur le corps, influence fortement la construction de l’image de soi. À l’adolescence, cette pression peut devenir écrasante.
Le rôle des réseaux sociaux et de l’hypervalorisation de la minceur3
Dans notre société, la minceur est souvent associée à la réussite, au contrôle et à l’idéal esthétique, notamment à travers les réseaux sociaux, les séries ou les publicités. Les jeunes, particulièrement sensibles à ces messages, peuvent développer une insatisfaction corporelle profonde, parfois dès le primaire.
Il est important pour les parents d’échanger avec leurs enfants sur ces représentations, et de les aider à prendre du recul et à développer leur esprit critique.
Anorexie mentale : les signes auxquels prêter attention
Certains signes doivent nous alerter ou alerter notre entourage, et nous encourager à chercher l’aide de professionnels. Parmi ceux-ci :
la perte de poids se poursuit au-delà d’un poids considéré comme un minimum pour l’âge et la taille de la personne
les préoccupations autour de la nourriture et/ou la forme du corps deviennent envahissantes, au point d’avoir des répercussions sur les relations sociales et familiales de la personne
les règles s’espacent ou disparaissent chez une jeune fille pour laquelle celles-ci étaient jusque-là régulières, ou bien une hyperpilosité apparaît
la nourriture est l’occasion de conflits systématiques et violents avec l’entourage5.
Bon à savoir
Environ 45 % des personnes souffrant d’anorexie mentale se gavent de nourriture et/ou l’éliminent soit en vomissant soit en prenant des laxatifs. Les autres limitent simplement la quantité de nourriture ingérée. Elles mentent aussi souvent à propos de la quantité de ce qu’elles ont mangé et dissimulent leurs vomissements ainsi que leurs habitudes alimentaires particulières. Certaines personnes prennent également des diurétiques (médicaments induisant les reins à excréter plus d’eau) pour contrer les ballonnements qu’elles ressentent et pour essayer de perdre du poids1.
On peut passer à côté d’une anorexie mentale, en prenant ce trouble pour :
un simple caprice alimentaire
un manque d’appétit, en lien avec une maladie physique ou suite à une contrariété
la caractéristique d’un « petit appétit »
un régime minceur dont l’objectif serait raisonnable et où le poids perdu amènerait satisfaction5.
Important
Plus le trouble est pris en charge tôt, meilleures sont les chances de guérison. Repérer une anorexie dès ses débuts permet d’éviter une dégradation physique importante, mais aussi d’intervenir sur les causes psychologiques avant qu’elles ne s’ancrent durablement3.
Les complications en cas d'anorexie mentale4
Complications affectant le corps
En ayant recours aux vomissements, aux laxatifs et aux diurétiques, les personnes anorexiques ont un risque accru de développer des complications :
altération de l'émail des dents, développement de caries, gingivites dues à l'acidité des sécrétions provenant de l'estomac lors des vomissements ;
lésions digestives, en particulier de l'œsophage, dues à l'acidité des vomissements ;
perturbations métaboliques (perte de potassium), responsables de troubles cardiaques ou rénaux ;
anémie par carence en fer, en vitamines B.
La dénutrition, souvent importante dans l'anorexie, est responsable de carences néfastes pour les muscles, le cœur, les os (ostéoporose précoce), pour le fonctionnement hormonal (aménorrhée et troubles de la fertilité) et les cheveux (perte de cheveux).
Chez l'enfant pré-pubère, l'anorexie mentale a des répercussions multiples : retard d'apparition des signes de la puberté, arrêt de la croissance staturale et pondérale, perte osseuse avec ostéopénie et ostéoporose précoce.
Complications sur le plan psychique et retentissement social
La dénutrition et la perception déformée de soi-même peuvent participer à une aggravation du manque d'estime de soi.
Peuvent apparaître une hyperémotivité, une impulsivité, des troubles anxieux, des pensées obsessionnelles, une dépression et des idées suicidaires.
Le manque d'estime de soi et les obsessions alimentaires induisent un isolement social, un repli sur soi avec isolement relationnel et, parfois, une interruption des études et de l'activité professionnelle. Plus rarement, des conduites addictives s'installent.
Important
L'anorexie mentale est une maladie grave. En effet, le taux de décès est élevé : il est estimé à 7 % par dénutrition ou par suicide.
Diagnostic de l’anorexie mentale
Comme la personne ne pense pas présenter de problème, elle refuse les examens et les traitements. Elle est généralement amenée au cabinet du médecin par des membres de sa famille ou se présente en raison d’un autre problème médical1.
Le médecin mesure sa taille et son poids et utilise les résultats pour calculer l’indice de masse corporelle (IMC). Il lui demande également ce qu’elle pense de son corps et de son poids et si elle présente d’autres symptômes. Il peut se servir de questionnaires développés en vue de détecter les troubles des conduites alimentaires et du comportement alimentaire1.
Le médecin recherche également la présence d’autres troubles susceptibles de provoquer une perte de poids ou une réticence à manger, tels que la schizophrénie, la dépression, les troubles qui perturbent l’absorption des aliments (malabsorption), l’abus d’amphétamines, et un cancer1.
Important
N’attendez pas qu’une perte de poids importante survienne pour demander de l’aide. Des changements de comportement alimentaire, une fixation sur l’apparence ou une anxiété excessive autour des repas sont déjà des signaux d’alerte. Même si votre enfant nie les difficultés, ce qui est fréquent, une consultation peut être une première étape pour ouvrir un dialogue et amorcer un suivi3.
Quel est le traitement de l’anorexie mentale ?
Lors de la prise en charge initiale de l’anorexie mentale, une évaluation globale de la personne anorexique est recommandée, associant une évaluation somatique, nutritionnelle et psychique, incluant aussi la dynamique familiale et sociale. Ce bilan, qui peut être répété permet de déterminer les signes de gravité et de suivre l’évolution de l’état du patient dans le temps6.
Le traitement de l’anorexie repose sur une prise en charge globale, à la fois médicale, psychologique et nutritionnelle. Il ne s’agit pas simplement de « faire reprendre du poids » : l’objectif est de soigner l’enfant dans sa globalité, en agissant sur les causes profondes du trouble, tout en préservant sa santé physique3.
Chaque cas d’anorexie est unique. Le traitement doit donc être adapté à l’âge, à la gravité du trouble, au contexte familial et à l’état de santé de l’enfant ou de l’adolescent3.
La prise en charge associe généralement :
un suivi médical régulier pour surveiller le poids, la croissance, les constantes vitales et prévenir les complications liées à la dénutrition (troubles cardiaques, carences…) ;
une thérapie psychologique ou psychiatrique, individuelle ou familiale. Des approches comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), ou les thérapies familiales, ont fait leurs preuves ;
un accompagnement nutritionnel, assuré par un diététicien ou un médecin nutritionniste, pour réapprendre à manger sans culpabilité, restaurer une alimentation équilibrée, et respecter le rythme de l’enfant.
La dimension familiale est essentielle : les parents sont impliqués activement dans la prise en charge, notamment dans le soutien émotionnel et la gestion des repas au quotidien3.
Une hospitalisation peut se révéler nécessaire dans certains cas. Elle peut se dérouler dans un service ayant une compétence dans le traitement des troubles des comportements alimentaires, ou dans un service non spécialisé. Un accompagnement au moment du retour à la maison et du retour en cours ou au travail pourra être proposé5.
Bon à savoir
Les soins, mis en place le plus précocement possible, ne se conçoivent que dans la durée. Ils nécessitent l'adhésion du malade, parfois longue à obtenir, et celle de sa famille... En effet, dans l’anorexie mentale, il y a toujours une phase de déni durant laquelle le malade ne comprend pas où est le problème et ne reconnait pas sa maladie. Les proches jouent un grand rôle dans l’acceptation par le malade de la nécessité d’une prise en charge médicale et peuvent être aidés par le médecin dans cette prise de conscience6.
Vrai faux
Les troubles des conduites alimentaires ont à la fois des conséquences psychiques et physiques.
Vrai, c’est pourquoi les personnes concernées peuvent être suivies à l’hôpital dans des services relevant de spécialités différentes, en psychiatrie ou pédopsychiatrie, en addictologie, en endocrinologie et nutrition, en médecine interne5.
L’enfant ou l’adolescent ne choisit pas d’être malade.
Vrai. Derrière des comportements alimentaires inhabituels se cachent souvent beaucoup de souffrance, de mal-être, de pression ou de perte de contrôle. Plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances de guérison sont élevées3.
L'essentiel à retenir
Une personne atteinte d’anorexie mentale nie souvent présenter un problème et essaie de dissimuler ses habitudes alimentaires inhabituelles au lieu de rechercher de l’aide. Nombre de personnes atteintes d’anorexie mentale sont méticuleuses, compulsives et se fixent des exigences de réussite très élevées. Ces caractéristiques personnelles les aident souvent à dissimuler le trouble. Il arrive ainsi que les membres de leurs familles ainsi que leurs amis ne le remarquent pas avant qu’il ne devienne sévère1.
La rééducation nutritionnelle et diététique permet la réintroduction progressive d'une alimentation normale et insiste sur le caractère sociable et agréable de la prise des repas6.
Pas toujours. Dans de nombreux cas, le traitement peut être mené en consultation externe, à condition que l’état de santé le permette et que l’enfant soit entouré et suivi de près3.